Le masculin le plus sauvage de la maison, créé en 1976 par Vincent Marcello. Une attaque verte et amère d'absinthe et d'armoise, des aiguilles de pin, puis un fond sec de vétiver, patchouli, mousse et cuir. Aucune fleur, aucun sucre. Eau de toilette 125 ml.
Yatagan porte le nom d'un sabre turc, et ce n'est pas de la pose : c'est l'un des parfums les plus tranchants jamais mis sur le marché en grande parfumerie. Là où Pour Un Homme rassure avec sa lavande et sa vanille, celui-ci fait exactement l'inverse. Il est sec, amer, vert et cuiré, et il ne contient pas une seule note florale.
Créé en 1976, il appartient à cette décennie où les masculins avaient le droit d'être dérangeants. Il n'a pas été lisse depuis, et c'est précisément pour ça qu'il a encore des amateurs très fidèles.
Les premières minutes sont spectaculaires et un peu brutales : absinthe, armoise, petitgrain et lavande, avec cette amertume verte, presque alcoolisée, qu'on trouve dans les liqueurs d'herbes. À cela s'ajoutent des aiguilles de pin et du géranium, qui épaississent le côté résineux.
Si vous testez Yatagan, ne jugez pas sur ce départ. C'est la phase la plus agressive du parfum, et elle ne dure pas : il faut lui laisser vingt minutes pour comprendre ce qu'il est vraiment.
Ensuite le parfum s'assoit sur un socle sec et sombre : vétiver, patchouli, mousse, cuir, castoréum et styrax. Le castoréum est ce qui lui donne sa réputation animale — une note chaude, un peu goudronneuse, qui tire le cuir vers la peau plutôt que vers le sac à main.
On parle souvent d'un oriental chypré sans fleurs, et c'est une bonne description : la structure d'un chypre, la chaleur d'un oriental, mais sans l'étage floral qui adoucit habituellement l'ensemble.
Fondée en 1904, Caron est connue pour avoir signé en 1934 le premier parfum délibérément composé pour les hommes, Pour Un Homme, sur un accord de lavande et de vanille resté inchangé depuis. Yatagan arrive quarante ans plus tard et prend le contrepied exact : pas de douceur, pas de réconfort.
Les deux coexistent toujours au catalogue, et c'est ce qui rend la maison intéressante — on peut y trouver le parfum le plus consensuel de la parfumerie masculine et l'un des plus difficiles. La ligne compte aussi deux relectures de 2022, Le Matin et Le Soir.
C'est un parfum d'hiver, de soir, et d'homme qui sait ce qu'il met. Une vaporisation suffit : la projection et la tenue sont considérables, et deux de trop le rendent envahissant. À éviter en open space et en plein août.
Si l'idée vous plaît mais que vous voulez quelque chose de plus portable au quotidien, regardez plutôt Pour Un Homme Le Soir, boisé mais chaleureux, ou Aimez-Moi Comme Je Suis, boisé-gourmand et beaucoup plus accessible. Yatagan, lui, assume d'être un choix.